Emile Allart

Emile Georges Allart est un résistant français né le 4 avril 1899 à Origny Sainte Benoite dans l’Aisne. 

Il est le frère aîné d’Hoche Allart avec qui il partage son engagement dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. 

Lorsque survient la guerre, il est maraicher à Lèves et habite le quartier du Mousseau. Il anime la section communiste de la ville. 

Appelé sous les drapeaux, il est démobilisé le 29 août 1940 puis rejoint son exploitation agricole. 

Il rejoint alors les Francs Tireurs et Partisans, les FTP, et entreprend des actions de sabotages de diffusion de tracts. Dénoncé mais relaxé, il échappe au peloton d’exécution. 

Soupçonné, considéré comme dangereux, il est interné au camp de Voves, en 1943, avant d’être transféré à celui de Pithiviers où il restera jusqu’à sa libération en août 1944. 

Présentation du circuit

Le circuit d’interprétation « Lèves 1944 » est consacré aux évènements qui se sont déroulés pendant la Seconde guerre mondiale à Lèves. 

Il met plus particulièrement l’accent sur l’année 1944.

La visite conduit les visiteurs sur les pas de 5 personnages aux parcours différents : un espion français, un soldat prisonnier de guerre, deux résistants de la première heure, un général américain. 

Les 8 étapes qui composent ce circuit présentent les lieux où se sont produits les évènemens marquants de cette page de l’histoire lévoise.

Le parcours entraîne les visiteurs sur la plupart lieux où se sont déroulés les faits.

L’enfance et jeunesse

La biographie développée

L'enfance

Emile Georges Allart est né le 4 avril 1899 à Origny Sainte Benoite dans l’Aisne. 

Ses parents Georges et Cécile Eugénie Allart sont de condition modeste. Il est l’aîné d’une famille de treize enfants. Il est scolarisé à l’école communale. Durant le premier conflit mondial, il est prisonnier civil. Il a vingt ans en 1919 mais, empêché du fait de son statut de prisonnier civil, il ne peut effectuer son service militaire. Il est appelé en 1920 et intégré au 41° régiment d’infanterie de Laon, il accomplit dix-huit mois de service militaire. Fait surprenant, la mention “degré d’instruction : 3” qui indique une instruction supérieure à la moyenne est présente sur le registre de matricule militaire alors même que l’on sait qu’Emile Allart n’a que peu fréquenté l’école. Dès 1921, il est classé dans la catégorie “Service auxiliaire” pour cause de varices volumineuses. Il est alors journalier brocanteur et sait d’ores et déjà qu’il ne pourra pas embrasser de carrière militaire. 

Un sympathisant communiste

Marié à Germaine Auguet, les époux vivent alors successivement à Dreux puis à Courdemanche dans l’Eure. Ils ont ensemble deux enfants, Georges né le 12 septembre 1923 et Robert, né le 19 juillet 1925. Ils divorcent rapidement et Emile Allart rejoint Lèves : il  emménage d’abord au 9 rue des Vaux de Lèves en 1936 et trouve un emploi en tant que taupier. En 1938, il emménage dans le quartier du Mousseau, rue du bout du Val. Il y occupe la profession de cultivateur maraîcher. Laure Léger, d’abord employée par Emile Allart comme domestique rue des Vaux de Lèves l’a accompagné dans son déménagement : elle l’épouse quelques années plus tard. 

Sympathisant communiste connu durant l’Entre-deux-Guerres, il anime avec Charles Gautier la section communiste de la ville.

Une courte mobilisation…

Lorsque la guerre est déclarée, en 1940, il est mobilisé, appartenant à la classe 1919 et rejoint donc Vernon la subdivision d’Evreux. Il est affecté au 32° régiment des Travailleurs. On doit à Raoul Dautry, ministre de l’Armement entre septembre 1939 et le 16 juin 1940, la création des compagnies de travailleurs militaires. Celles-ci ont vocation à fournir une main-d’œuvre suffisante pour supporter l’effort de guerre. Emile Allart est démobilisé le 29 août 1940 et rejoint ainsi l’exploitation agricole qu’il a développée lui-même.

Francs Tireurs et actes de résistance

En novembre 1940, Emile Allart rejoint les Francs Tireurs et Partisans, un mouvement de résistance armée communiste qui lutte contre l’occupation allemande. Dans ce cadre, il participe à la diffusion de tracts anti-allemands dans tout le département. En effet, il est d’abord chargé de constituer puis de déposer les paquets de tracts aux différents interlocuteurs de chaque secteur. Il s’occupe ensuite de la gestion des stocks et des réserves d’armes. Il récupérait des armes qu’il remettait au Commandant Roger Collerais et au Commissaire interrégional Lemaire.  

En janvier 1941, il participe au sabotage de la voie ferrée Paris-Chartres à la Villette-Saint Prest. La même année, il mène une opération d’incendie des biens allemands au Château Niclausse, propriété alors réquisitionnée par l’armée allemande. 

Suspecté, son domicile est perquisitionné par la Feldgendarmerie le 21 octobre 1941.

 Il révèle également dans un rapport avoir tué une sentinelle allemande à Oisème en 1942 et une seconde à Chartres. 

L’attentat de la librairie allemande à Chartres

Sa vie bascule une première fois le 23 mars 1942 lorsqu’il est arrêté par les autorités allemandes à la suite de l’attentat de la librairie allemande du Bois Merrain perpétré par la cellule communiste chartraine le 15 mars 1942. 

C’est depuis sa maison de la rue du Bout du Val que l’attentat est effectivement préparé. Son frère Hoche Allart mais aussi Maurice Maugé, Jean Cormier et Raymond Brousse ont participé à l’opération. Le Colonel Gaudy, alors chef régional des FTPF est chez  Emile Allard, le 23 mars 1942 lorsqu’un coup de téléphone leur apprend qu’un traître qui s’était infiltré dans l’organisation les a dénoncés. Son domicile est à nouveau perquisitionné et  les hommes de l’opération sont arrêtés. Emile Allart nie fermement les faits, il n’était pas sur les lieux de l’opération. Ses complices ne le dénoncent pas.Il est incarcéré durant trois jours dans la prison de Chartres avant d’être relâché.  Son frère, Hoche mais aussi les principaux membres de la cellule sont quant à eux retenus prisonniers et deviennent otages. Le statut d’otage est alors utilisé par les autorités d’occupation pour tenter d’annihiler la résistance : pour chaque Allemand abattu, des otages français sont fusillés. Les représailles ne se font pas attendre. En avril 1942, le meurtre d’un officier allemand à Paris entrainent la mise à mort des principaux acteurs de l’attentat de la librairie allemande de Chartres. Hoche Allart, petit frère d’Emile, de douze ans son cadet,  est fusillé au champ de tir de Chavannes, le 30 avril 1942. 

Internement au camp de Voves

Pour Emile, la réponse ne passe pas par la peur mais celui-ci redouble sa mobilisation contre l’occupant. Il est rapidement inquiété, suite à un regain des activités de sabotage dans la région. Il reçoit alors un courrier programmant son internement au camp de Voves suite à la recommandation du Préfet Charles Le Baube d’Eure-et-Loir en application du décret du 18 novembre 1939. Ce décret complété en septembre 1941, par le Maréchal Pétain prévoit l’internement sans jugement des individus jugés dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique. Aucun motif justifiant cette décision n’est précisé et c’est la seule application de la loi qui a valeur de justification. 

Le 25 septembre 1942, il est arrêté à son domicile par la Gendarmerie de Chartres et conduit le même jour au camp de Voves.

 Le camp de Voves est un ancien camp d’aviation que les autorités allemandes décident d’utiliser pour regrouper les prisonniers de guerre français à partir du 17 juin 1940. Il devient alors le Frontstalag n°202. A la fin de l’année 1941, le Préfet d’Eure-et-Loir nommé par Vichy, Pierre Le Baube. organise la transformation du camp qui devient un centre d’internement administratif pour répondre au décret de septembre 1941 sur l’internement des personnes jugées dangereuses pour la sécurité nationale.  Le camp devient alors le centre de séjour surveillé n°15 et enferme désormais de nombreux opposants politiques dans 52 baraques. Le camp sert ainsi de réserve d’otages.  La solidarité est importante au sein du camp et les détenus s’organisent entre eux pour maintenir leurs bonnes conditions physiques et intellectuelles. Ainsi,  Emile Allart participe-t-il peut être aux cours de “l’université” ainsi qu’elle est appelée par les détenus eux-mêmes, et se voit dispenser des cours de français, d’anglais, de mathématiques ou de géographie. 

Restée à Lèves, la compagne d’Emile Allart, Laure Léger réclame sa libération au maire puis au préfet dès septembre 1942. Devant leurs fins de non-recevoir, et sur les conseils du maire Jules Vallain,  celle-ci rédige le 19 octobre 1942 une pétition réclamant la libération de son compagnon. Cette pétition est signée par près de 200 habitants dont le maire lui-même, premier signataire. On retrouve également le nom de personnalités connues dans la communes comme Henri Jacquet, père d’Alphonse alors retenu prisonnier en Allemagne. 

Dans cette lettre, les habitants de Lèves supplient Monsieur le Maire d’intercéder auprès de Monsieur le Préfet pour qu’Emile Allart puisse retourner à son travail et à son foyer. Ceux-ci disent qu’il a fait preuve d’une conduite exemplaire, qu’il est sobre, laborieux et attaché à son travail. Les habitants de Lèves demandent une libération urgente. 

Élaborer une telle pétition en temps d’Occupation est une entreprise extrêmement risquée et les signataires s’exposent à la répression. 

Cette pétition n’a pas l’effet escompté : le préfet ne répond pas mais charge le commissaire de police Charles Porte de démêler l’affaire et d’interroger Emile Allart sur ses activités politiques car c’est bien pour ses sympathies communistes qu’on le soupçonne d’entretenir que celui-ci est réellement détenu. 

Emile Allart est alors interrogé par le policier Isidore Gay en présence du directeur du camp de Voves, Jean Duval. Il déclare lors de cet interrogatoire avoir reçu une notification d’un arrêté d’internement ressortit d’une arrestation et d’un séjour surveillé au camp de Voves. Au cours de cette arrestation, les gendarmes l’ont minutieusement fouillé, trouvant portefeuille et carte d’identité. Il affirme par ailleurs ne s’être jamais occupé des opinions de son jeune frère Hoche et rappelle qu’il “n’entend rien à la politique”. On lui demande alors de signer un engagement d’honneur faisant serment de fidélité au Maréchal Pétain en cas de libération. 

 Celui-ci s’y refuse : la clémence lui est refusée. Il reste donc interné au camp de Voves jusqu’au 18 novembre 1943. 

Transfert au camp de Pithiviers, Loiret

Le 18 novembre 1943, il est transféré au camp de Pithiviers. Ce transfert fait suite à un courrier du préfet le Baube au directeur du camp de Voves lui demandant d’identifier les prisonniers jugés les plus dangereux. De manière étonnante, Emile Allart figure sur cette liste. Les transferts de prisonniers d’un camp à l’autre sont réguliers durant l’Occupation et visent à éviter que les prisonniers ne puissent s’organiser en vue de préparer une évasion. Le camp de Voves connaît en effet plusieurs épisodes d’évasions réussies, dès le 18 juillet 1942, alors qu’Emile Allart n’est pas encore interné. Mais au total, vingt évasions permettent à plus de quatre-vingt résistants d’intégrer les rangs de la Résistance. Emile Allart ne parvient pas à s’échapper et rejoint le camp de Pithiviers, près d’Orléans où il reste incarcéré jusqu’à la Libération du camp par les Alliés en août 1944. 

A Pithiviers, les conditions de vie sont plus complexes encore qu’à Voves. A partir de l’armistice du 22 juin 1940, il rassemble des prisonniers de guerre français avant d’être principalement utilisé pour l’internement des Juifs français et étrangers. Les hommes y sont enregistrés à leur arrivée, puis répartis dans des baraques en bois, disposant de châlits à étages recouverts de paille. Les conditions de vie sont très précaires pour Emile Allart : nourriture carencée, baraques insalubres et bondées,  installations sanitaires précaires, les internés souffrent de l’isolement. Au cours des premiers mois, les visites des proches sont occasionnellement autorisées. L’envoi et la réception de courriers et colis sont réglementés et soumis à la censure. Le personnel de surveillance est entièrement français : des gendarmes, venus d’unités parisiennes, sont chargés d’assurer la sécurité extérieure du camp, des douaniers de la sécurité intérieure et des gardiens auxiliaires locaux s’occupent de tâches matérielles. Les corvées quotidiennes reviennent aux internés.

Comme à Voves, pour supporter le quotidien et s’occuper l’esprit, les internés organisent des activités : jeux, conférences, représentations théâtrales, tolérés par les gardiens. Des comités clandestins se forment pour établir des contacts avec l’extérieur. Certains internés obtiennent un « détachement » pour travailler hors du camp, dans des fermes et usines de la région. Emile Allart ne bénéficie pas de ce dispositif, ayant été interné avec un statut d’individu potentiellement dangereux. 

Au matin du 16 août, Griffith et Walker font le point sur la situation à Chartres : des poches de résistances sont signalées un peu partout et menacent la progression des troupes allemandes. Le Corps d’Artillerie a donc reçu pour mission de bombarder la ville et de détruire la cathédrale si des menaces ennemies venaient à s’y trouver. A l’issue de la réunion, le Colonel Griffith informe son aide de camp Eugène Schulz qu’il doit se rendre à Chartres “pour une mission personnelle sans donner plus de détails”. 

Le colonel quitte donc Courville avec son chauffeur, William L Dugan et tous deux se rendent à la cathédrale dans le but de vérifier si des soldats allemands s’y trouvent retranchés. Eugène Schulz rapporte qu’après avoir inspecté la nef, les chapelles et les pièces adjacentes, le colonel Griffith a rejoint les tours et constaté qu’aucun soldat ennemi ne s’y trouvait. Il donne alors l’ordre de faire annuler la décision de bombarder la cathédrale. 

Dernières batailles…

A l’approche de la Libération, le camp est la cible de bombardements répétés. Des baraquements sont détruits. On ignore si celui dans lequel est incarcéré Emile Allart fait partie de ceux-ci. Le camp est libéré par les Américains le 14 août 1944 et à la suite de cette libération, Emile Allart recouvre la liberté.  A la suite de la libération du camp, il participe au opérations de libération du secteur de Chartres et fait quatre prisonniers, ainsi qu’en atteste le Capitaine Roland Gaudy le 10 février 1952.

Car la fin de sa vie est marquée par son combat pour se voir reconnaître le statut de résistant. Titulaire d’une carté d’interné politique le 31 octobre 1950, il formule en 1952 une nouvelle demande pour se voir attribuer la dénomination d’interné résistant. Cette demande avait déjà été rejetée une première fois en 1950 avec pour motif que “les pièces du dossier n’ établissent pas la qualité d’interné résistant au sens de la loi du 6 août 1948”. En effet, les autorités signifient à Emile Allart que les actions ayant conduit à son incarcération ne relevaient pas d’un acte de résistance anti-allemand mais davantage d’un acte politique. Emile Allart n’abandonne pas et demande d’abord un recours gracieux qui lui est refusé pour cause d’expiration du délai. Puis, en 1958, il dépose un nouvel examen de son dossier auquel il adjoint l’attestation du capitaine Gaudy et du général Devinck. Cet ultime recours porte ses fruits et le 8 août 1961, il reçoit la notification d’obtention de la carte d’interné résistant pour son service dans les rangs du FTPF du département d’Eure-et-Loir en qualité de responsable départemental aux armes. Son ultime combat s’achève.

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Liste des points d'intérêt

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Le projet, en deux mots

Le projet est conduit depuis le mois de mars 2024 par les 28 élèves de la classe de 4ème 1 du collège Sainte-Marie de Chartres qui se réunissent chaque mardi sur le temps de la pause méridienne pour travailler. Les élèves se sont répartis en groupes, chacun menant un travail autour d’un personnage ou d’un groupe de personnages ayant symbolisé cette année 1944 à Lèves. Ces personnages sont des acteurs ou des témoins de la Libération (résistants, habitants de la commune, soldats) mais également des personnages qui n’ont pu vivre cette Libération (résistant fusillé, déporté décédé en Allemagne) mais qui incarnent toute la complexité et l’ambivalence émotionnelle de l’année 1944.