Charles Gautier

Charles Gautier est un résistant français. Il est né le 26 décembre 1895 à Paris. Il vit à Chartres puis à Lèves. Ancien soldat blessé lors de la Première Guerre mondiale, c’est un résistant de la première heure au moment de l’Occupation. Déporté dans un camp pour avoir distribué des tracts communistes, il est libéré en 1944 et oeuvre alors à l’érection du mémorial à Lèves, sur le site de Chavannes, où ses camarades ont été fusillés. Charles Gautier s’éteint le 2 juillet 1977 à l’âge de 81 ans.

Présentation du circuit

Le circuit d’interprétation « Lèves 1944 » est consacré aux évènements qui se sont déroulés pendant la Seconde guerre mondiale à Lèves. 

Il met plus particulièrement l’accent sur l’année 1944.

La visite conduit les visiteurs sur les pas de 5 personnages aux parcours différents : un espion français, un soldat prisonnier de guerre, deux résistants de la première heure, un général américain. 

Les 8 étapes qui composent ce circuit présentent les lieux où se sont produits les évènemens marquants de cette page de l’histoire lévoise.

Le parcours entraîne les visiteurs sur la plupart lieux où se sont déroulés les faits.

Charles Gautier

La biographie développée

L'enfance

Charles Gautier naît le 26 décembre 1895 à l’hôpital de la Pitié à Paris . Il est le second fils de Victorine Gautier qui a tout juste trente ans à sa naissance. Son père est inconnu. 

Jusqu’à l’âge de sept ans, il vit chez ses grands-parents maternels, Jean-Marie Gauthier et Jeanne Horvais au 14 rue des Jubelines à Chartres.

 En 1902, sa mère, Victorine se marie avec Laurent Gauglin, veuf  qui exerce le métier de maçon à Lèves. Charles Gauthier partage alors son existence avec sa mère, son beau-père,  son demi-frère, André Gauglin, de huit ans son aîné et sa demi-sœur Eugénie Gautier âgée de de 12 ans en 1902.  La famille s’installe dans le quartier du Mousseau, au 83 rue de la Nouvelle France. 

Charles Gauthier suit sa scolarité à l’école pour garçons de Lèves. C’est un élève studieux et doué. Très pieux, il fréquente l’église paroissiale et s’investit avec constance dans la mission d’enfant de chœur. A l’âge de onze ans, il fait sa communion solennelle. Sorti de l’école à l’âge de douze, il rejoint une ferme près de Vérigny où il devient garçon de ferme. Il  nettoie l’étable deux fois par jour. 

 A seize ans, il revient à Lèves où il travaille dans la maçonnerie auprès de  son beau-père, Laurent Gauglin. Le métier de maçon ne lui plaît guère. Aussi, il devient garçon de courses, c’est-à-dire chargé de la livraison de colis dans une maison de commerce chartraine. 

Son engagement dans l’armée

A l’été 1914, alors que Charles a 19 ans, la Première Guerre mondiale éclate. Face à l’enjeu, Charles Gauthier demande son intégration à l’armée : il devient engagé volontaire en se présentant au bureau de recrutement militaire de Chartres le 15 septembre 1914. 

En effet, il n’a pas encore les 20 ans requis pour réaliser son service militaire et être intégré dans les effectifs mobilisables. Aussi, il choisit l’engagement volontaire et est versé au 130° régiment d’infanterie. 

Dès le 2 août 1914, le 130° régiment d’infanterie s’est constitué à Marmande (Sud-Ouest de la France). Celui-ci est intégré à la  91° division, 185° brigade et répond aux ordres du Général Commandant de la 15° région. Après plusieurs jours de formation et d’entraînement près de Draguignan, la 150° rejoint la région parisienne où elle est placée en cantonnement à partir du 26 août. 

A partir d’octobre et jusqu’à mi-décembre 1914, le régiment rejoint la Champagne où il est rattaché au 12° Corps d’Armée. C’est le 15 décembre 1914 que Charles Gautier rejoint le 130° régiment d’infanterie. Il est alors soldat de deuxième classe. 

Il participe aux opérations de service des tranchées dans le secteur de Saint Hilaire. Charles Gautier et ses hommes assurent la garde tous les quatre jours avant d’être relevés et de rejoindre le Quartier National au camp de Châlons pour trouver repos, pratiquer de l’exercice physique et participer aux travaux de défense sous la direction du Génie. 

A la mi-décembre 1914, alors que le front ne parvient à être percé,  la bataille de Champagne s’engage à l’initiative de l’armée française. Cette offensive s’intègre à une série d’offensives menées depuis la mer du Nord jusqu’à Verdun. En effet, dès la fin novembre 1914, le général Joffre demande de pousser les lignes françaises à distance d’assaut des positions allemandes partout où il est envisageable d’attaquer. Il s’agit alors pour le 130° RI de creuser des tranchées pour remplir l’objectif assigné par Joffre. 

De fait, durant la fin de l’année 1914, l’essentiel de la mission du 130° RI  consiste à œuvrer pour créer des tranchées . Pour l’efficacité de son travail, le régiment se trouve félicité par le Général Commandant de la 9°DIT  dans une lettre du 5 janvier 1915  : “Le Général Commandant de la 91° D.I.T félicite les deux bataillons du 130°RI pour l’effort remarquable qu’ils ont fourni en achevant ces derniers jours, malgré un temps épouvantable et de nombreux obus, une nouvelle tranchée de 400 mètres de long, reportant ainsi sur ce point, le front de près de 200 mètres en avant. Le Général félicite ces vaillantes troupes de l’effort accompli et du résultat obtenu”. Charles Gautier est de ceux-là.

Au début de l’année 1915, le 12°Corps d’armée auquel le 150° RI est rattaché est chargé d’empêcher un potentiel redéploiement des lignes allemandes dans la région de Perthes. Les combats qui s’engagent sont alors particulièrement violents et quasi incessants. 

Le 19 février, une offensive française victorieuse à laquelle participe Charles Gautier entraîne une série de violentes contre attaques allemandes. Au cours de l’une d’elle, Charles Gautier saute dans un trous d’obus pour se protéger de la mitraille allemande mais une balle l’atteint au bras et lui brise le poignet. Les bruits des obus qui sifflent au-dessus de sa tête lui sont insupportables. 

Transféré en urgence à l’hôpital de Suippes, Charles Gautier est soigné à même le sol car l’hôpital est bondé. Le constat est sans appel  : il doit être opéré pour ne pas perdre l’usage de sa main et il souffre d’une hypoacousie provoquée par la violence des bruits du combat. L’hôpital de Suippes ne pouvant pas le prendre en charge, il est transféré à Montargis où il est opéré. Les dégâts sont importants et exigent qu’il recourt à une sérieuse rééducation s’il veut pouvoir réutiliser sa main. 

Pour ce faire, il participe aux premiers développements cliniques de la mécanothérapie de guerre. Il s’agit d’une méthode de rééducation fonctionnelle des articulations à l’aide de machines qui force le travail des doigts raidis par le traumatisme.

A ce stade de la guerre, la mécanothérapie est à l’état expérimental et Charles Gautier est l’un des tout premiers à essayer les différents dispositifs. Les premiers appareils sont réalisés à l’aide d’un matériel de fortune  : une vieille bicyclette dont on a conservé le frein peut par exemple être fixée à l’horizontal sur un cadre de bois mais positionnée verticalement pour entraîner les membres supérieurs.  Cordelettes, sandows, billes, planches en bois blanc, rouleaux à pâtisserie, mais aussi moulins à café, balles de caoutchouc, seaux d’eau, débris de caoutchouc d’avions abattus, l’ingéniosité est alors mise à contribution pour la réalisation et la fabrication de ces appareils très légers.

Les appareils permettent la réalisation de mouvements codifiés sensée éviter la paralysie post-opératoire. Les résultats de ces premières expériences de mécanothérapie sont encourageants. A l’hôpital du Grand Palais, la réussite du dispositif est mesurée par le docteur Camus. Ainsi, les soldats ayant bénéficié du dispositif entre décembre 1915 et février 1916 ont dans 79,93% des cas constaté soit une guérison soit une amélioration significative de la flexibilité de leur articulation. 13 % ont été proposés pour le service auxiliaire tandis que 6% sont réformés. 

Charles Gautier n’a pas la chance des nombreux guéris : sa main reste très peu mobile et la préhension de certains de ses doigts, impossible. En incapacité de combattre,  il est versé comme auxiliaire au 102° régiment d’infanterie en cantonnement à Chartres. Sont versés au Service Auxiliaire les hommes “atteints d’une infirmité relative sans que leur constitution générale soit douteuse “ selon la loi du 21 mars 1905. Ces auxiliaires sont affectés, suivant leurs compétences aux services de la zone intérieure. Il occupe ce poste d’auxiliaire d’abord à Chartres puis au sein du 101° régiment d’infanterie caserné à Dreux. 

C’est durant cette période qu’il fait la rencontre de sa future épouse, Mathilde Deshayes. Mathilde occupe alors un poste de domestique au sein d’une famille d’assureurs à Chartres. Ils se marient à Lèves, le 28 novembre 1917, trois mois après la naissance de leur premier fils, Jean. 

L’armistice du 11 novembre 1918 n’indique pas la fin de la guerre pour lui puisque comme pour de nombreux soldats et auxiliaires,  il faut attendre septembre 1919 avant que Charles Gautier ne soit définitivement démobilisé.

Retour à la vie civile

L’armistice du 11 novembre 1918 n’indique pas la fin de la guerre pour lui puisque comme pour de nombreux soldats et auxiliaires,  il faut attendre septembre 1919 avant que Charles Gautier ne soit définitivement démobilisé.

En 1920, il parvient à être recruté comme archiviste au sein de la compagnie d’assurance des Travailleurs Français. Ce poste, au service des travailleurs, lui convient et correspond bien à son idéal de défense des ouvriers et paysans.  Mathilde et lui accueillent trois nouveaux enfants entre 1922 et 1931 : Robert né en 1922, Charles qu’ils surnomment affectueusement Charly en 1927 et enfin Jeanne en 1931.

L’expérience de guerre l’a profondément bousculé : il a perdu la foi. Ses convictions profondes s’enracinent : pacifiste, il apprend l’espéranto, suit des cours du soir et assiste à des conférences politiques. Il décide d’adhérer au parti communiste.

En 1924, la famille Gauthier déménage et investit dans une maison située au 50 Route Nationale (actuelle avenue de la paix) à Lèves. 

Engagement dans la vie publique et engagement politique

En 1929, il se présente aux élections municipales de Lèves en tant que socialiste indépendant. Son programme prévoit : la mise en œuvre de l’eau potable, des progrès en matière d’hygiène, des fournitures gratuites, le soutien aux personnes âgées, l’entretien des routes et la garantie d’un foyer pour tous. En 1929, la ville n’est pas encore dotée d’un système de distribution de l’eau courante et les habitants doivent puiser l’eau au puits. Si des progrès en matière d’hygiène sont pointés, c’est que la ville abrite une grande décharge où sont déversées la plupart des ordures du pays chartrain. Les habitants appellent cet endroit “la décombre”.

Malgré ce programme ambitieux et qui semble répondre aux nécessités de la commune, il  perd les élections et n’obtient que 42 voix sur 400 face à Jules Vallain, candidat de la majorité URD (union républicaine démocratique).  La déception est grande. 

Elle est d’autant plus difficile à digérer que son positionnement politique très tranché lui vaut d’être renvoyé de son poste d’archiviste chez les Travailleurs Français.

Mais Charles Gautier sait mettre cette désillusion au service d’une reconversion professionnelle : il décide d’ouvrir son salon de coiffure à Lèves. 

Parallèlement, il poursuit son engagement politique : il fonde une cellule communiste locale. Ses compagnons militants sont Jean Rouillon, Emile Allart, André et Georges Dahuron. Ensemble, ils préparent la fête communiste annuelle qui a lieu à Saint Prest. Parallèlement, il propage l’espéranto par des cours gratuits.

En 1937, il se présente aux élections cantonales, poussé par le parti communiste. Ses principales idées consistent à propager le communisme et l’espéranto. Malgré ses 208 voix, il échoue une nouvelle fois alors que l’orage menace en Europe.

La défaite de 1939 et l’occupation allemande

Lors de la déclaration de guerre du 1er septembre 1939, Charles Gautier s’insurge auprès de certains de ses amis lévois :

“ Vous ne savez pas ce qu’est la guerre et ce qu’elle entraîne de souffrance et de misère”. 

Réformé du fait de sa blessure à la main, il n’ira  pas combattre.

En six semaines, la France est défaite. Lorsque les Allemands pénètrent à Lèves le 16 juin 1940, Charles Gautier est déterminé à résister à leur présence dans la ville. Ceux-ci occupent, outre l’asile d’Aligre, les plus belles demeures de la ville: le château Niclausse, la maison Castaing, le manoir du Bois de la Chambre et la Ravaudière. Au sein de la cellule communiste, il prépare la résistance à l’occupation et distribue des tracts. 

Lors de la cérémonie du 1er mai 1941, il déclame ces vers : 

“ Premiers mai, jour d’espérance

Jour de luttes et de souffrance. 

Brin de muguet, rose églantine

qu’ils fleurissent sur vos poitrines

Pour que la paix et la liberté

Soit le bonheur de l’humanité”.

Son arrestation et son incarcération

Il ne tarde pas à payer son engagement en faveur de la liberté. En effet, le 1er juillet 1941, Charles Gautier est arrêté. Alors qu’il sort de chez lui muni de documents espérantistes qu’il s’apprête à distribuer, une voiture s’arrête et un officier allemand lui demande s’il est coiffeur à Lèves, communiste et s’il distribue des tracts contre l’armée allemande. 

Charles Gautier n’a d’autre choix que d’acquiescer et de  monter dans la voiture qui l’amène à la Kommandantur de Chartres. Après un interrogatoire, il admet son implication dans les activités communistes. Durant trois semaines, il est incarcéré dans la prison de Chartres avant d’être envoyé au cœur de la forêt de Compiègne, à Royallieu, dans un ancien camp militaire  transformé en centre de détention.

La détention au camp de Royalieu, Compiègne, France

Ce camp, qui date de la Première Guerre mondiale,  est d’abord un lieu de détention des soldats français et britanniques pendant la Campagne de France de 1940 avant d’être réaménagé en Frontstalag 122 par l’armée allemande après l’armistice de 1940 pour regrouper les prisonniers politiques qui constituent une réserve d’otages D’abord sous la direction de la Wehrmacht, c’est la Gestapo qui, à partir de l’été 1942, dirige le camp. 

Immense, il s’étend sur 16 hectares et rassemble jusqu’à 54 000 détenus. Vingt-cinq baraquements y sont construits sur trois blocs distincts. Les Blocs A regroupent les intellectuels et les opposants politiques, notamment communistes tandis que le quartier B regroupe les étrangers,  tandis que le quartier C rassemble les Juifs à partir de 1941. Charles Gauthier est donc incarcéré au sein du bloc A. Le quartier C étant mal ravitaillé, les prisonniers des camps A et B fournissent régulièrement des rations de nourriture aux Juifs déportés dans cette partie du Frontstalag. 

Dans le camp, la mortalité est élevée. En effet, outre les déportations régulières qui déciment la population juive, le camp sert aussi de réserve d’otages : les autorités allemandes fusillent en moyenne 50 otages pour un soldat allemand tué par la Résistance.

Ses compagnons de parti, responsables de l’attentat de la librairie du Bois Merrain en feront les frais : le 30 avril 1942 : Jean Cormier, Hoche Allard, Raymond Brousse et Maurice Maugé sont fusillés au champ de tir de Chavannes à Lèves en représaille à la suite de l’assassinat d’un Allemand à Paris. 

Durant sa captivité, Charles Gautier rédige de nombreux poèmes qui font l’éloge de la liberté. Le 14 juillet 1941, il couche par exemple sur le papier les vers suivants “ Ayez de nobles coeurs, donnez la liberté. Allez vers le bonheur, aimant l’Humanité”. Difficile de ne pas y voir une supplication à l’intention des gardiens du camp. Sa famille lui manque d’autant plus que les visites, si elles sont autorisées, sont très rares et strictement réglementées. Les détenus politiques peuvent recevoir leur famille durant 15 petites minutes et ce tous les six mois seulement. En avril 1942, Mathilde et son fils Robert lui rendent leur première visite. La douleur de les voir repartir si vite lui arrache ces vers “Arraché de vos bras, il me fallait partir. Je vous ai dit adieu avec un faux sourir’ Oh visite si brève Qui passa comme un rêve !” . Très vite, il renomme le camp “ce Royal-lieu infernal” : il s’amaigrit et sa santé devient très précaire.

 En juillet 1942, une visite médicale obligatoire intervient dans le camp. 

Dans les camps de prisonniers, les soins médicaux sont réalisés par des médecins prisonniers de guerre de la même nationalité que les patients mais sous supervision d’un médecin allemand qui n’ausculte pas mais décide en dernier ressort. En vertu de la Convention de Genève, des visites médicales obligatoires sont réalisées périodiquement par des médecins extérieurs qui vérifient que les conditions de protection des prisonniers de guerre sont bien respectées. Durant cette visite médicale, le Docteur Poirier, médecin français constate que son état de santé est incompatible avec les conditions d’incarcération. Prétextant un soupçon de tuberculose, il préconise un transfert de Charles Gauthier vers l’hôpital du Val de Grâce. Les Allemands redoutant la contamination obtempèrent. Au Val de Grâce, il est retenu prisonnier dans le pavillon des tuberculeux. Il y reste deux ans. Deux années durant lesquelles il s’occupe des mourants. Le 26 mai 1944, grâce à l’aide d’une infirmière qui lui procure de faux papiers, il est libéré. 

Résistance à Lèves

Il rentre à Lèves dès le mois de juin et reprend ses activités dans la Résistance. Le 16 août 1944, il assiste à la Bataille de Lèves qui oppose les Américains et les Allemands pour la libération de la commune. C’est la 7°DB, appelée  la “Lucky Seventh” commandée par le Général Silvester appartient au XX° corps de la III° armée du Général Patton qui libère la ville après que des poches de résistance aient été signalées dans la commune.  Les Allemands sont en effet positionnés dans les bâtiments stratégiques de la ville, appuyés par des renforts arrivés le 16 août au matin. Dans l’après-midi du 16 août, les combats s’engagent. Les habitants abrités dans les caves des marnières ou des habitations voient impuissants de nombreux édifices prendre feu.  Chez les Gautier, de nombreux obus sont tombés dans la cour, à quelques mètres de la cave où la famille s’est mise à l’abri. 

Une fois la ville libérée, il faut faire face à l’urgence : de nombreux habitants se retrouvent sans abri, il faut éteindre l’incendie qui se propage. 

Charles Gautier prend alors la direction du Comité local de la libération, en charge des sinistrés. Il ne se formalise pas de travailler avec le maire, qui est de droite ! Ils œuvrent ensemble pour fournir le gîte et le couvert à plus de cent personnes dans la détresse. Gautier, avec son sens de l’action, récupère une voiture abandonnée par les allemands. Il bat la campagne au volant de ce véhicule et rapporte de la nourriture à sa commune. Il lance également une opération de collecte pour acheter du matériel pour les familles sinistrées.  

A la fin de l’année 1944, la situation lui permet d’ouvrir à nouveau son salon de coiffure. La page de la guerre se tourne. Mais pas celle de la mémoire. Il est le premier à collecter des fonds pour la mise en œuvre d’un premier mémorial à Chavannes destiné à rendre hommage à ses anciens camarades résistants fusillés en 1942. Malgré toutes ses actions au service de la ville et de sa mémoire, son absence de la commune pendant la guerre est souvent questionnée, de sorte qu’il ressent l’obligation de demander au maire de Lèves une attestation confirmant qu’il fut bien détenu au camp d’internement de Royallieu. Cette attestation, il l’affiche dans son salon de coiffure, comme une réponse aux clients qui, sans le dire, mettent en cause son implication dans la guerre.

Son action pour la Résistance ne tarde pourtant pas à être reconnue. Le 20 septembre 1950, il est promu au grade de sergent au titre de la Résistance pour les services rendus en tant que membre du Front National entre le 1er avril 1941 et le 17 août 1944. 

 Il intègre l’association des déportés, internés, résistants et patriotes d’Eure-et-Loir qu’il contribue à animer. Le 12 avril 1970, il reçoit la Médaille de la déportation.

Son sens de l’engagement se mesure jusqu’à ses derniers instants. Alors à la retraite, il fonde en 1965, une section des Vieux de France destiné à venir en aide aux personnes âgées qui vivent dans la misère. Dans quelques vers, il rappelle au pays  le devoir d’agir “ Alors France, pour ceux qui t’ont fait belle. Refuseras-tu un peu de ton miel ?”. L’association connaît un succès immédiat  réunissant 300 membres en quelques années, ce qui correspond à pratiquement 10% des habitants de la commune. Inépuisable, il organise quêtes et actions caritatives au profit de l’association. Le 2 juillet 1977, alors âgé de 82 ans, Charles Gautier décède, dans la plus grande discrétion. Mais son œuvre lui survit : l’association porte aujourd’hui son nom. 

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Liste des points d'intérêt

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- Le Colonel Griffith

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- La Libération de Lèves

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- La résistance et la solidarité

Le projet, en deux mots

Le projet est conduit depuis le mois de mars 2024 par les 28 élèves de la classe de 4ème 1 du collège Sainte-Marie de Chartres qui se réunissent chaque mardi sur le temps de la pause méridienne pour travailler. Les élèves se sont répartis en groupes, chacun menant un travail autour d’un personnage ou d’un groupe de personnages ayant symbolisé cette année 1944 à Lèves. Ces personnages sont des acteurs ou des témoins de la Libération (résistants, habitants de la commune, soldats) mais également des personnages qui n’ont pu vivre cette Libération (résistant fusillé, déporté décédé en Allemagne) mais qui incarnent toute la complexité et l’ambivalence émotionnelle de l’année 1944.