Alphonse Jacquet

Alphonse Jacquet est un soldat français né le 12 juillet 1918 à Berchères-la-Maingot. Mobilisé en 1939 alors qu’il effectuait son service militaire, il participe à l’opération « Dynamo » destinée à couvrir l’embarquement des troupes alors encerclées à Dunkerque vers l’Angleterre.

Capturé, il séjourne dans différents camps de travail à Dresde, d’Essen, avant d’être déporté dans le camp de concentration Flossenbürg, puis celui de Dachau avant d’être transféré à Auschwitz puis vers Mauthausen où il meurt le 11 avril 1945, quelques jours après son arrivée, et quelques semaines seulement avant la libération du camps par les alliés. Ce soldat français aura passé 5 ans en captivité.

Présentation du circuit

Le circuit d’interprétation « Lèves 1944 » est consacré aux évènements qui se sont déroulés pendant la Seconde guerre mondiale à Lèves. 

Il met plus particulièrement l’accent sur l’année 1944.

La visite conduit les visiteurs sur les pas de 5 personnages aux parcours différents : un espion français, un soldat prisonnier de guerre, deux résistants de la première heure, un général américain. 

Les 8 étapes qui composent ce circuit présentent les lieux où se sont produits les évènemens marquants de cette page de l’histoire lévoise.

Le parcours entraîne les visiteurs sur la plupart lieux où se sont déroulés les faits.

Alphonse Jacquet

La biographie développée

L'enfance

Alphonse Henri Jacquet naît le 12 Juillet 1918 à Berchère-la-Maingot en Eure-et-Loir. Il est le fils de Blanche Richet et Paul Emile Jacquet. C’est peut-être en hommage à Alphonse Eugène Renard, ami et témoin de mariage de Blanche Richet et Paul Jacquet qu’il fut appelé Alphonse. Petit dernier d’une famille de six garçons, il quitte Berchères la Maingot avec ses frères, Paul, Henri, Alphée, Alfred et Raoul pour s’installer à Lèves à l’âge de trois ans.

C’est au 12 rue de la Ravaudière à Lèves qu’il grandit. Son père est cantonnier, c’est-à-dire chargé de l’entretien des voiries au sein du service des Ponts et Chaussées du département tandis que sa mère s’occupe de ses six fils. On connaît peu de choses de son enfance.  Toutefois, à en croire le niveau d’instruction mentionné sur sa fiche de recrutement militaire, Alphonse Jacquet sait lire et écrire (niveau 2) mais ne semble pas avoir bénéficié d’une instruction primaire (niveau 3). En tout état de cause, c’est auprès de son père, en tant que charretier qu’il travaille à l’âge de 20 ans. 

L’intégration à l’armée

C’est aussi à cet âge qu’Alphonse Jacquet assiste aux premières annexions de l’Allemagne nazie. Si la paix est sauvée pour un temps lors de la Conférence qui se tient à Munich les 29 et 30 septembre 1938,  le gouvernement français d’Edouard Daladier qui a négocié avec Hitler à Munich est conscient de la fragilité de la paix. Aussi, le gouvernement entreprend de se préparer à la guerre . Depuis la loi de 1905, le service militaire est obligatoire pour tous les jeunes gens de 21 ans révolus, il est ramené à 20 ans en 1938. Dès lors, le 3 novembre 1938, du haut de ses vingt ans, Alphonse Jacques intègre les rangs de l’armée et est versé au 150ème régiment d’infanterie de Verdun, alors sous le commandement du Colonel Basse. Créé sous la Révolution française, ce bataillon a pour devise :  “par le fer quand le feu manque” et “en avant malgré tout”.

Le 1er septembre 1939, la déclaration de la guerre entraîne la mobilisation des réservistes de l’armée.  Le 3 septembre 1939, c’est depuis  la rue de Longsault à Lèves, dans la demeure de la Charmoise convertie en caserne, qu’Alphonse Jacquet, répondant à l’ordre de mobilisation, attend l’ordre de rejoindre les combats. 

Après huit mois de “Drôle de guerre”, l’invasion de la Belgique puis du Nord de la France par l’Allemagne donne lieu aux premiers combats. La 150ème infanterie d’Alphonse Jacquet est déployée au nord de Thionville. Elle a pour mission de repousser les Allemands qui ont avancé jusqu’à Koenigsmacker au bord de la ligne Maginot. Nous sommes alors le 10 mai 1940. 

Les 12 et 13 mai 1940,  le 150ème passe la frontière belge et occupe le secteur de Gembloux près de Namur. Les combats font rage et le 14 mai, René Letourneur, l’un des seuls camarades euréliens d’Alphonse Jacquet, trouve la mort.  Au sud de Gembloux les trois bataillons du 150ème régiment maintiennent courageusement les divisions allemandes avant de recevoir l’ordre de se replier,  la Meuse – rivière dans l’est de la France – ayant été franchie à Sedan et Dinant. Alphonse Jacquet et les soldats du 150°RI  se battent le jour et se déplacent  la nuit. Très rapidement témoins de la débâcle de l’armée française, Alphonse Jacquet et les soldats de son régiment gagnent Charleroi, Valenciennes, Lille puis  Bailleul. Déjà, les Alliés doivent songer à se replier. 

L’opération dynamo

La mise en œuvre de divisions motorisées est récente dans l’armée française. En effet, les sept divisions motorisées c’est-à-dire disposant non seulement de véhicules à moteur mais également accompagnées de canons légers, de canons lourds et de batteries antichars, que comptent l’armée française, sont créées  par le décret du 23 juin 1930. Celui-ci ne prend effet qu’en 1935. 

Une fois intégrés à la 12° division d’infanterie motorisée, Alphonse Jacquet et ses camarades sont confrontés au repli vers Dunkerque, rendu nécessaire par la débâcle militaire.  En effet, à compter du 28 mai 1940, la division Janssen  participe d’une manière singulière et héroïque au repli des Alliés vers l’Angleterre depuis Dunkerque. Cette opération de repli, baptisée opération Dynamo, est mise en œuvre par le cabinet de guerre britannique. Elle nécessite de mobiliser des troupes qui, par leur sacrifice, permettent l’embarquement des troupes à bord des navires anglais en luttant contre les troupes allemandes qui œuvrent pour les en empêcher. Chargée de défendre le secteur Est de la tête de pont de Dunkerque, la division Janssen fait partie de ces unités mobilisées pour couvrir le rembarquement des troupes encerclées à Dunkerque. Au cours de cette opération, le général Janssen trouve la mort le 2 juin 1940. Si Alphonse Jacquet sort vivant de cette opération, il est fait prisonnier le 4 juin 1940, comme nombre de soldats de sa division et aux côtés de près de 34 000 soldats alliés.

L’incarcération au Stalag IV B, Mühlberg, Allemagne

Capturé, il est envoyé au Stalag IV B situé à Mühlberg à 40 km de Dresde. 

Les stalag ou staglammer sont des camps d’incarcération des prisonniers de guerre. Du fait de cette fonction, ils tombent sous les directives de la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre. Datée de 1864 et révisée plusieurs fois, notamment en 1926 et 1929, cette convention a pour objectif d’établir des règles communes à tous les belligérants pour la protection des prisonniers en temps de guerre. Le Stalag IV B créé en 1939 reçoit des prisonniers de guerre originaires de Pologne, Belgique, France, Angleterre, Pays-Bas et Grèce. En juin 1940, ce sont près de 23 000 Français qui y sont détenus. Lorsqu’il y est incarcéré, Alphonse Jacquet est alors confronté à un camp organisé en dix blocs, chacun composé de cinq baraques, dont une destinée à l’hygiène des prisonniers. Chaque baraque accueille 200 prisonniers et est placée sous le commandement d’un chef de baraque allemand auquel est adjoint un ou plusieurs interprètes. Conformément aux préconisations de la Convention de Genève, des infrastructures destinées au sport et à la vie culturelle et cultuelle sont établies dans le camp. C’est ainsi que le stalag IV compte une piscine et un théâtre notamment. 

Au sein de ce camp, Alphonse Jacquet est réveillé à 5h00 et doit se rendre sur la place d’appel à 6h. La journée est ponctuée par le travail, travail pour lequel il reçoit probablement un maigre salaire. Le repas quotidien est composé de rata, une soupe de choux, de pommes de terre et de farine. 

Alphonse Jacquet correspond-t-il avec ses proches durant cette période ? A ce stade, nous n’en avons pas de traces. En revanche, cette possibilité est offerte aux prisonniers de guerre. En effet, les courriers expédiés ou reçus sont traités par la Kriegsgefangenenpost et visés par la censure. La première carte postale officielle permet au captif de donner ses coordonnées postales. Par la suite, la correspondance se limite à l’envoi mensuel de deux lettres et deux cartes postales. Les nouvelles mettent entre deux semaines et un mois pour parvenir aux familles. 

Transfert au Stalag IV F, Essen, Allemagne

Après huit mois de captivité au Stalag IV B, Alphonse Jacquet est transféré au Stalag IV F près d’Essen dans la Saxe.  La région est réputée pour le poids de son industrie. L’industrie allemande, alors en manque de travailleurs qualifiés du fait de la mobilisation des hommes dans l’armée, pallie ce manque par le recours aux prisonniers de guerre. Au sein du camp, Alphonse Jacquet jouit donc d’un statut de travailleur en semi-liberté. Payé en “marks de camp”  – Les paiements en mark de camp obligent  les prisonniers à se ravitailler en denrées et vêtements uniquement au sein du camp – Alphonse Jacquet travaille à l’usine le jour et doit rentrer au camp la nuit. Il occupe alors  durant quatre ans une fonction d’ouvrier métallurgiste dans une entreprise à proximité du Stalag IV F. 

Son parcours bascule une nouvelle fois durant l’année 1944 alors que l’Allemagne est acculée. Le débarquement allié le 6 juin 1944 conduit à la Libération progressive du territoire français et à une intensification des bombardements sur le territoire allemand. Parallèlement, plusieurs actes de sabotages de productions ont lieu dans l’usine dans laquelle travaille Alphonse Jacquet. Les représailles ne tardent pas et Alphonse Jacquet en fait les frais : 52 travailleurs sont désignés arbitrairement comme coupables et transférés au camp de concentration de Flossenbürg le 10 septembre 1944. Alphonse Jacquet est de ceux-là.

Transfert au camp de Flossenbürg

Les conditions de détention sont drastiquement différentes de celles des stalag qu’Alphonse Jacquet a connu jusqu’alors. Il s’agit en effet d’un camp de concentration : il n’est pas régi par les clauses de la Convention de Genève et Alphonse Jacquet y perd son statut de travailleur en semi-liberté pour celui de d’opposant politique. 

Dirigé par la SS, le camp est situé en Bavière et a été bâti par des prisonniers du camp de Dachau à partir de 1938 pour procéder à l’extraction du granit destiné à la production de matériaux de construction (notamment le spath pour la production d’aluminium) A partir de 1941, et après des extensions successives, le travail forcé s’intensifie et le camp occupe également une fonction d’extermination des détenus d’abord soviétiques puis polonais. En 1942, l’usine d’armement Messerschmitt y est transférée. En 1944, le camp, constitué de plusieurs sous-camps appelés kommandos, compte près de 30 000 détenus. 

Au début de l’année 1944, l’augmentation de la production des ateliers Messerschmitt provoque en effet une importante mobilisation de main-d’œuvre au détriment des activités de la carrière dont la production est pratiquement mise à l’arrêt. De fait, lorsque Alphonse Jacquet est admis dans le camp, le 10 septembre 1944, sous le matricule n° 26 818, il occupe la fonction d’ouvrier métallurgiste dans les ateliers Messerschmitt. La surpopulation est une réalité que connaît Alphonse Jacquet dès son arrivée dans le camp : dans les baraques 2 à 18, 900 prisonniers doivent se partager 220 places de couchages. Il est aussi confronté à la violence de la SS et des kapos.

Alphonse Jacquet est incarcéré durant trois mois à Flossenburg. 

De Dachau à Auschwitz

Le 16 novembre 1944, il est transféré au camp de Dachau. Il porte alors le matricule 126 636. 

Il n’y reste que onze jours puisque, dès le 22 novembre 1944, il est transféré vers Auschwitz où il arrive deux jours plus tard, le 24 novembre 1944. 

 Créé en 1940 sous les ordres d’Himmler qui en visite le site, Auschwitz devient rapidement le plus grand centre concentrationnaire et d’extermination mis en place par l’Allemagne nazie. Dirigé par les SS et notamment d’une main de fer par Rudolph Höss, il est successivement le camp de la répression anti polonaise en 1940 puis un camp d’incarcération des prisonniers de guerres soviétiques après l’invasion de l’URSS en 1941.  Les travaux d’un système concentrationnaire en permanent chantier lui permettent d’accueillir femmes et tziganes. Dès la fin de l’année 1941, les capacités d’homicides développées à Auschwitz sont utilisées spécifiquement contre les Juifs dans le cadre d’une politique propre.  En effet, à partir de novembre 1941, l’organisation Schmeltz expédie à Auschwitz les Juifs qui ne sont plus en état de travailler pour qu’ils soient éliminés grâce à l’instrument que constitue la chambre à gaz qui se trouve en lisière du KL.  La décision de la Solution finale qui intervient sans doute à la fin de l’année 1941 fait d’Auschwitz un centre de mise à mort international. Au total, quatre chambres à gaz associées à des crématoriums fonctionnent simultanément durant l’année 1944 (KII,KIII,KIV et KV). Lorsque Alphonse Jacquet arrive dans le camp en novembre 1944, les autorités nazies préparent le repli et Himmler vient d’ordonner l’arrêt des chambres à gaz. La mortalité reste particulièrement élevée dans un camp où tout manque et où les épidémies sont légion.  Très vite, les opérations militaires en cours sur le théâtre européen impactent le camp.

En effet, le 12 janvier 1945 débute la grande offensive de l’Armée Rouge visant à une défaite rapide de l’Allemagne nazie, l’objectif étant la prise de Berlin dans un délai de 45 jours. 

Il devient donc urgent pour les autorités allemandes de prendre une décision quant au sort des détenus d’Auschwitz, à quelques jours seulement de l’arrivée des troupes russes en vue de celui-ci. La responsabilité des camps et de leurs détenus et, par là même, la charge des évacuations éventuelles, reviennent aux hauts gradés SS de la police de chaque district. Pour la Silésie, le délégué de Himmler, Heinrich Schmauser, reçoit à la mi-janvier 1945, l’ordre d’évacuer tous les bien-portants. 

Mauthausen, derniers jours d'un soldat déporté

C’est ainsi que des milliers de détenus, Juifs pour la plupart, sont évacués dès la mi-janvier vers Mauthausen où ils arrivent entre le 25 janvier et le 2 février 1945. 

Le premier convoi depuis Auschwitz vers Mauthausen accueille 5 714 détenus immatriculés de 116 502 à 122 214. Les convois se multiplient durant toute la fin du mois de janvier. Le 2 février 1945, le dernier convoi d’évacuation depuis Auschwitz arrive en Autriche avec 725 détenus qui reçoivent des numéros entre les 125 156 et 125 880. Alphonse Jacquet est de ce convoi, il reçoit le matricule n°125 819. Moins nombreux, ce convoi rassemble probablement un grand nombre de malades : peu d’entre eux sont acheminés vers les kommandos annexes de Mauthausen et nombre décèdent très rapidement après leur arrivée. Parmi les détenus français arrivés à Mauthausen entre le 25 janvier 1945 et le 2 février 1945, plus de la moitié ne revoit jamais la France. Alphonse Jacquet est de ceux-là.

Il meurt le 11 avril 1945 à Mauthausen. Moins d’un mois plus tard, le  5 mai 1945, le camp est libéré par l’armée américaine.

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Le projet, en deux mots

Le projet est conduit depuis le mois de mars 2024 par les 28 élèves de la classe de 4ème 1 du collège Sainte-Marie de Chartres qui se réunissent chaque mardi sur le temps de la pause méridienne pour travailler. Les élèves se sont répartis en groupes, chacun menant un travail autour d’un personnage ou d’un groupe de personnages ayant symbolisé cette année 1944 à Lèves. Ces personnages sont des acteurs ou des témoins de la Libération (résistants, habitants de la commune, soldats) mais également des personnages qui n’ont pu vivre cette Libération (résistant fusillé, déporté décédé en Allemagne) mais qui incarnent toute la complexité et l’ambivalence émotionnelle de l’année 1944.