DISCOURS 1ER MAI 2024 – CHAVANNES

lu par Julien, Inès et Clémence. 

Monsieur le Préfet, 

Madame le Sénateur,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Conseiller régional,

Mesdames, messieurs les élus,

Mon Colonel,

Mon Commandant,

Monsieur le président de l’association des familles de Compagnon de la Libération,

Mesdames, messieurs les présidents et représentants des associations, 

Mesdames, messieurs les membres des familles des résistants fusillés,

Mesdames, messieurs,

 

Nous sommes des élèves de la classe de 4ème 1 du collège Sainte-Marie de Chartres. A l’appel de l’Education nationale dans le cadre des 80 ans de la Libération, nous avons souhaité conduire un projet qui nous invite à mieux connaître cette période.

A travers ses résistants, ses victimes civiles et militaires, les lourds combats de sa libération, ou encore ses efforts de reconstruction et de mémoire, c’est l’année 1944 dans sa densité émotionnelle que nous nous efforçons de saisir au travers de notre projet intitulé « Lèves 1944 ».

Entamé en mars dernier, notre travail collectif nous conduira à l’inauguration l’année prochaine d’un parcours de mémoire numérique. Ce parcours de mémoire permettra à tous de vivre une expérience sensible de ce qu’a été l’année 1944 à Lèves. 

Nous étudions des personnages ou groupes de personnages qui ont marqué la Libération, par leurs actions, par leurs témoignages et par leur détermination dans l’adversité. 

Cette Libération n’aurait pu être possible sans un sens de l’engagement qui dépasse l’année 1944. Les fusillés de Chavannes l’illustrent et incarnent avec force le sacrifice de vies au service de causes plus grandes, celle de la France et celle de la liberté. 

Et c’est avec beaucoup d’émotion et un sens des responsabilités que nous sommes ici aujourd’hui. 

Pour nous, adolescents de 14 ans, le sacrifice consenti par des jeunes à peine plus âgés que nous revêt une dimension singulière. Il fallait beaucoup de courage, de détermination et des convictions et valeurs bien ancrées pour accepter de consacrer sa vie à la défense d’un idéal que portent les couleurs de notre nation. Il fallait un sens du collectif profond pour quitter la quiétude et l’innocence de sa vie de jeunes gens pour risquer sa vie à chaque instant au service de la liberté de tous. 

Ce sont ces valeurs qui ont animé Hoche Allart, Raymond Brousse, Jean Cormier et Maurice Maugé en 1942. Engagés au sein de la cellule communiste chartraine, refusant l’occupation, ils participent à l’attentat de la librairie allemande du Bois-Merrain à Chartres. 

Hoche Allart lance le pavé dans la vitrine, Jean Cormier la bouteille incendiaire, Raymond Brousse a confectionné le cocktail dans une opération que Maurice Maugé, chef des Francs-Tireurs et Partisans a coordonné. Chacun d’eux porte la responsabilité d’un acte à la haute valeur symbolique puisque viser la librairie allemande c’est attaquer la propagande nazie qui se déverse sur la France. Pour cet acte de sabotage, les quatre fusillés paieront le prix de leur vie.

En 1944, alors que la bataille de Normandie est engagée, ce sont deux résistants, Gilbert Huan et André Jacquemin qui sont fusillés à Chavannes. Leur mission est cruciale puisqu’ils participent au sabotage des lignes de chemin de fer. Ces attentats empêchent ou tout du moins retardent l’acheminement du matériel et des troupes vers la Normandie. 

Ces actes individuels héroïques que seule une histoire à échelle humaine peut retranscrire sont pourtant l’une des conditions de réussite du débarquement. C’est donc portés par une reconnaissance solennelle que nous nous sentons le devoir de perpétuer leur souvenir aujourd’hui. 

La résistance à l’occupant s’est incarnée en France mais aussi depuis Londres où Jacques Voyer se trouve dès juillet 1940. Âgé de seulement 17 ans, il quitte la France depuis Toulon pour l’Afrique du Nord à bord du Capo Olmo. Détourné vers Londres par le Capitaine Vuillemain, Jacques Voyer fait partie de ceux qui décident de continuer à ses côtés et de rejoindre la France Libre du Général de Gaulle. 

Il est une première fois parachuté en France au service des renseignements britanniques puis en 1944, il est choisi pour participer à la mission SUSSEX. Cette mission vise à l’envoi d’agents de renseignements chargés de communiquer sur les emplacements et mouvements de troupes allemands en prévision du débarquement. Sous le nom de code « Vitrail », Jacques Voyer et André Guillebaud sont parachutés dans la région chartraine. Ils parviennent à transmettre aux Alliés la présence de la division allemande Panzer Lehr dans la région. La Libération du territoire auquel il a contribué, Jacques Voyer ne la vit jamais. Arrêté par la Felgendarmerie à Chartres, il tente de s’enfuir mais est rattrapé. Torturé, il ne parle pas. A l’aube du 27 juin 1944, il est fusillé è Chavannes. Il a alors seulement 21 ans. 

Ce même jour, c’est Maurice Vadé, 20 ans, qui est fusillé au champ de tir de Chavannes. Lui aussi résistant, membre de la Résistance intérieure française, il participe au sabotage des lignes de chemin de fer dans la région parisienne, et est arrêté lors d’une autre mission de sabotage sur le terrain d’aviation de Chartres.

Jean Bouvier est le dernier des martyrs de Chavannes que nous connaissons à être fusillé. Réfractaire au STO, il s’engage dans la résistance et est arrêté alors qu’il prend des notes sur l’emplacement d’un poste de commandement allemand. Torturé à Chartres, il résiste et ne parle pas. 

Sa dernière lettre qu’il adresse à ses parents illustre son sens de l’engagement. Dans ces ultimes minutes, symbole d’un détachement profond pour lui-même, il met à nouveau sa famille au cœur de ses préoccupations. 

« Chère Maman, Cher papa, soyez courageux, pensez que je suis mort en bon Français et en bon chrétien. Que toutes mes pensées d’adieu les plus affectueuses aillent vers vous en cette dernière heure et vers tous ceux que je connais ici et là. Quand vous reverrez toutes ces personnes, dites-leur que j’ai pensé à elles. 

Chère Maman, cher Papa, que devenez-vous en ce moment ? Voilà bien longtemps que je n’avais pas de lettre. Je peux espérer ultimement que vous êtes en bonne santé ainsi que toute la famille. Ce pauvre grand-père doit bien souffrir avec cette guerre. Mon Dieu, qui aurait pensé que je vous quitterais ainsi ? […] Papa, Maman, je meurs en bon Français et Maman rassure-toi, surtout en bon chrétien. Je veux croire à ce qu’il y a au-delà. Mille bons baisers d’adieu ».

Nous sommes le 14 juillet 1944. Jean Bouvier venait d’avoir 19 ans. 

Ensemble, par leur sens du collectif et chacun d’eux par leur solide engagement individuel, les fusillés de Chavannes incarnent avec force la capacité à résister et à s’engager au nom d’idéaux qui font sens pour l’Homme. 

Par notre présence aujourd’hui, il s’agit à la fois d’honorer leur sacrifice mais aussi de prendre notre part à la mémoire collective. Cette mémoire est la condition essentielle pour que ces valeurs de liberté et de fraternité puissent être toujours le ciment sensible de notre nation.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *